Sylvistructure


Donc dans la série, mes dix doigts ne font pas que taper sur un clavier :

laissez-moi vous présenter la sylvistructure et comment j’ai découvert cet art

Voui mais d’abord, me direz-vous, qu’est-ce que la sylvistructure ?

Non, c’est pas un mot issu du dico de Coprah, quoique, après tout, rien ne l’empêche de sylvitructurer elle aussi.

Qui a inventé le mot sylvistructure ? Je dirais qu’il s’agit de Pierre Leron-Lesur. Qu’est -ce qu’une sylvistructure ? Ce n’est pas une sculpture, même si cela utilise les outils du sculpteur sur bois : grattoir, ciseau, gouge, maillet, et même pour les finitions ponceuse électrique.

Prendre d’abord un morceau d’arbre qui vous parle, et pour cela, les souches les plus torturées sont les plus parlantes, puis dégager la forme qui est dans l’arbre en éliminant la pourriture, ce qui est très important, en gratouillant, en ponçant, en papierdeverrisant…

Pour connaître l’historique de la sylvistructure, laissons parler Pierre Leron-Lesur…

Maison de l'Amandier - galerie de sculptures végétales

Maison de l'Amandier - galerie de sculptures végétales

Maison de l'Amandier - galerie de sculptures végétales

« Cheminant en vélo et remorque sur la route de Marseille, au sud de Saint-Maximin la Sainte Baume, à la recherche de bois de chauffage, mon regard a été attiré par un arbre mort, gisant tout près d’un oratoire appelé le Saint-Pilon. Je m’arrête, ouvrant ma sacoche, j’en retire ma scie égoïne et me mets en demeure de débiter cette trouvaille gisant là dans l’attente de ma venue, une chance inespérée, pour moi tellement bienvenue.

Hélas je n’en connaissais pas la résistance, c’était un amandier tellement dur que je dus le débiter à la scie à métaux. Je découvrais là une des qualités de ce bois, l’un des plus denses de France.

Quelle bonne braise j’allais obtenir avec ces bûches si difficiles à débiter, mes efforts seraient largement récompensés par les futures grillades cuites à point. Arrivé dans mon atelier, au pied de la magnifique basilique inachevée, dans la rue RASPAIL, je détachais la souche du précieux tronc et tombais en admiration devant la couleur de ce bois et les formes harmonieuses qui se dévoilaient à mes yeux éblouis.

En décembre 1953, me voici avec ma petite famille débarquant à Saint Rémy de Provence, par un froid antarctique, boulevard Marceau, dans une maison depuis longtemps abandonnée mais, déjà avec un modeste atelier où je me suis vite attelé à la finition de cette structure en amandier, fixée à un galet de la Durance et appelée depuis : l’INITIAL, elle date donc de 1952 !

C’est en 1976, occupant depuis 1960 l’Ancien Hôtel de Lubières, ayant accumulé une importante collection d’objets en bois découverts dans les Alpilles, le Lubéron, la Basse Ardèche, l’Aveyron et le Gard, que j’ai pu montrer au public ces richesses, miroir de la Nature, dans leurs formes, leurs odeurs et leurs couleurs appelées un peu plus tard des « SYLVISTRUCTURES » les structures de la forêt !

Bon, maintenant que vous savez ce que sont les sylvistructures, laissez-moi dire pourquoi, si j’avais plus de temps, un établi, plus de place, je sylvistructurerais.

Donc par un beau jour d’un été chaud à Sait-Rémy-de-Provence, il faisait un cagnât pas possible. Les cigales ne cigalaient même pas, elles dormaient. Vers le centre du village se trouve un musée archéologique, le musée de Sade (oui oui, la maison de la famille du marquis de) mais pas vraiment de rapport. Donc, par cette température digne d’un mois d’août (c’est normal, c’était en août), mue par une envie de visiter un musée bien frais, j’arrive devant l’huis de celui-ci. Hélas, trois fois zélas, le musée était fermé. Heure ou jour de fermeture, je ne me souviens plus et puis ce n’est pas bien grave. Bref, je tourne les talons toute dépitée et, dans cette ruelle du Paraige, je tombe sur un autre hôtel particulier du XVIIe siècle celui-là, l’hôtel de Lubières. Une affiche annonçant une expo, après mon cassage de nez sadien, j’étais tentée, et m’avançais derechef vers la porte. C’est au rez-de-chaussée et dans l’escalier que se déroule une exposition permanente. Je ne peux que vous conseiller de vous y arrêter. Pierre Leron-Lesur sculpte les amandiers, ou plutôt il part des structures de l’amandier tordu par le vent pour arriver à une œuvre d’art. Allez, histoire de me la péter, Jacqueline de Romilly appelle une de ses sylvistructures « le drapé grec » (c’est celle de la page de droite sur la photo qui présente cet article).

Mais revenons à nos moutons. Donc j’entre par une journée caniculaire dans une demeure aux épais murs où il fait frais, il y a des superbes sculptures partout, et en plus ça sent bon, pour nettoyer et nourri le bois, rien de mieux que la térébenthine, et que celui qui n’en aime pas l’odeur me le dise là tout de suite, en-dessous, dans les comms, personnellement je préfère de loin l’odeur de la térébenthine à celle de la lavande, qui a tendance à me faire éternuer (ben oui, on est allergique à ce qu’on peut, moi c’est entre autres la lavande).

Donc, entre ces sculptures que je ne découvre se lève, se déplie devrais-je dire un monsieur plus très jeune et il m’adresse la parole avec un accecint plus provannnçal que ça c’est difficile, c’est là que j’ai appris qu’il était l’artiste, que c’était des sylvistructures et ce qu’étaient des sylvistructures. Il faut dire que Pierre Leron-Lesur, il démarre, et il ne s’arrête plus quand il enfourche son dada, et puis moi je me sentais toute petite et toute admirative et toute nulle, moi qui ne sais pas tenir un crayon. D’ailleurs c’est pour ça que je me suis si vite adaptée à l’ordi. Et puis, Pierre en plus, il m’expliquait qu’en plus la sylvistructure c’était facile, alors là, vous pensez, moi qui ai deux mains gauches et qui me dis droitière, j’étais sceptique. Mais non, il insistait, un gamin de 7 ans peut y arriver. Voui mais moi, j’étais malade le jours de cours de gommettes, je mettais tellement de flotte dans la peinture que mon papier se gondolait, et comme en plus j’avais mauvais caractère, j’étais furax quand on me disait poliment que mon roi mage était un bel arbre. Du genre à vous dégoûter à perpète de tout ce qui ressemble de manière active à de la peinture ou de la sculpture. Pareil d’ailleurs pour la musique. Accumuler la dépression de ma prof de piano et le regard haineux des voisins, ça faisait beaucoup pour mes dix doigts.

D’un autre côté, j’aime bien relever les défis. T’es pas cap, c’est le genre de truc qu’il faut éviter de me dire. Donc, le lendemain matin, je ne faisais rien de spécial, et je me suis repointée à l’hôtel de Lubières. S’il ouvre par une grande porte sur la petite rue, il ouvre par une porte cochère sur le boulevard Marceau, un des boulevards plantés d’érables qui enceignent le village.

Dans la cour pavée de galets de La Crau (c’est un village aux alentours, trône la baignoire dans laquelle on fit prendre des bains glacés à Van Gogh dans l’hospice de Saint-Paul de Mausole. C’est durant son séjour dans la région qu’il peignit la nuit étoilée. Dans la cour pavée de galets de La Crau, il y avait un établi. J’y ai appris à gratter la partie gangrénée du bois. A faire resortir les mouvements des noueux troncs. J’ai aussi appris à ramasser du bois en allant me promener dans les Alpilles.

C'est à vous !

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