Romain Gary aux Lettres et manuscrits


Lorsque je m’y suis rendue début décembre, je suis sortie en me jurant de revenir. Pour prendre quelques photos déjà. Pas osé. Trop de monde. Et puis une affiche qui signalait qu’il était interdit de photographier un panneau. Celui sur lequel on tombe en arrivant. En tout cas dans le sens dans lequel je suis entrée. Ce panneau-là ne doit rien au muséographe. Un panneau que tout un chacun pouvait voir dans le bureau de Romain Gary, dans son appartement de la rue du Bac. Il est des personnes qui déchirent rageusement les photos de leur ex. Lui en avait fait un pêle-mêle. L’expo ne précisait pas depuis combien de temps ce panneau-là était dans cet état-là. Il faudrait le demander au dernier maître de céans, son fils, lui-même hanté par le souvenir de sa mère. Souvenez-vous, l’année dernière, il en a fait un roman, peut-être le roman d’une vie, en tout cas le roman de sa vie, S. ou l’espérance de vie. On aurait envie d’ajouter « devant soi » à cette vie-là, à part qu’il s’est enfin libéré de cette vie derrière soi, c’est à souhaiter tout du moins. Mais revenons-en au panneau. Un panneau de fan. Ailleurs, dans un autre lieu, ce serait un mur de fan. Jean au cinéma, Jean avec épisodiquement Romain, ou Diego, mais surtout Jean. Obsessionnellement. Jean -prononcer Djinn, comme l’aurait écrit Robbe-Grillet- au passé, ou peut-être au présent. Quand elle habitait là, juste à côté. On l’aurait cru narcissique, cet homme qui avait perdu un an plus tôt son ex-femme et qui décidait de s’en aller parce que… parce que quoi ? Trop de réponses, trop de mauvaises pistes. En quinze mois, qu’y avait-il eu de changé sur ce panneau-là ? Un peu plus de Jean ? Pour son fils ? parce que le père ? Qui sait ? Personne de vivant, Diego le sait bien.

Donc à part ce panneau, qui vous saute à la figure, il y a tout le reste, je ne vais pas vous faire faire la visite, quoique, si vous m’y recroisez je nous ferai le plaisir de vous expliquer « deux ou trois choses que je sais de Gary »*. Si on ne tourne pas dans n’importe quel sens comme moi, un dimanche où il y avait du monde, l’exposition est chronologique. Elle présente les manuscrits, mais aussi les tapuscrits, et les éditions originales. Et des comparatifs de versions de manuscrits. Qu’on ne vienne pas être passé par cette expo me dire que Gary ne se relisait pas. Perpétuel insatisfait, perpétuellement en recherche de la perfection, il était capable de modifier totalement un livre entre une édition et la suivante. Ayant pour ma part la chance de posséder quelques versions d’Éducation européenne, depuis la toute première -que ma mère qui s’est séparée de cet exemplaire en soit ici publiquement remerciée- je pourrais faire une comparaison de ce premier roman d’un aviateur français venu de Lituanie/ Pologne et qui avait atterri à Londres un beau jour de juin 1940. L’endroit est mal choisi, et d’autres ont travaillé sur ces textes depuis quelques années déjà, et mieux que moi puisqu’ils ont également exploré les versions anglaises, supervisées par Gary, cela va sans dire.
Donc il y a des manuscrits, des tapuscrits, des éditions originales, et un inédit qu’on aurait éventuellement le droit de manipuler mais jamais au grand jamais de publier. Je n’ai pu en lire que ce qui est exposé aux Lettres et manuscrits, peut-être un peu plus que ce qui était présenté dans le Magazine littéraire de novembre, guère plus. Un roman policier inachevé, il est vrai que c’est difficile à publier. Et pourtant… pourtant il s’agit si je ne me trompe du seul roman policier de Gary. Pourquoi ne pas l’avoir terminé me direz-vous ? d’autant plus qu’il s’en est inspiré pour son second film. Mystère, et boules de coke. Et puis des photos, un film, et… j’en arrive à faire un inventaire à la Prévert. Et n’oublions pas ces fameux manuscrits d’Ajar, recopiés par Pavlowitch, cerise sur le gâteau.

L’expo est prolongée, je vais pouvoir y retourner, histoire d’illustrer cet article en « c’est moi qui l’ai fait ». Revenez par ici d’ici le 4 avril. En attendant, je suis allée en piquer chez les autres RG evene
Musée des Lettres et manuscrits, 222 bd St Germain, Paris, c’est-à-dire qui plus est, pas bien loin de la rue du Bac. Donc, si vous passez dans le quartier, arrêtez-vous donc aux Lettres et manuscrits. Et histoire que vous n’ayiez aucune raison de ne pas savoir, où quand, comment, voilà l’adresse du site Musée des Lettres et manuscrits

Bonne expo !

* phrase reprise du sous-titre de l’essai de Paul Audi :La fin de l’impossible : deux ou trois choses que je sais de Gary, Paris, Bourgois, 2005

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