RG blues


Roland Garros, quand on habite entre les portes d’Auteuil et de Saint-Cloud,  selon les intérêts des uns et des autres, c’est une plaie parce qu’on ne peut pas se garer, génial parce qu’on mange du tennis à tous les repas, le moment où on prendrait bien quinze jours de congés rien que pour aller s’asseoir sous le cagnat pendant quinze jours, l’endroit où on peut aller faire signer des autographes à n’importe qui sous prétexte qu’il dispose d’une accréditation. quand on est fan, mais qu’on n’a ni le temps ni les moyens d’y passer ses vacances, c’est se dépêcher de rentrer pour avoir les résumés, y aller en première semaine quand on espère avoir des places, en gagner à des concours divers, profiter des journées Benny Berthet quand on ne s’est pas décarcassé pour trouver des places et voir la forme de ceux des joueurs qui y participent -sachant que ce jour-là eux aussi paient leur place…-, assister au tournoi des légendes – la deuxième semaine (je ne sais pas si Bahrani y joue encore, mais c’est toujours un plaisir et je me demande quel sport, même en exhibition, permet l’expression d’un tel sens de l’humour -si on excepte bien entendu Plioutchenko dans Sex bomb[http://youtu.be/xIJVO8i41gY])

Pour en revenir à Roland Garros, j’ai eu la chance de voir le dernier match à y avoir été gagné par Henri Leconte, en 1992, un jour de pluie où les quatre quarts de finale messieurs étaient joués le même jour, ce qui avait permis de voir s’affronter Sampras à Agassi. Je me souviens y avoir vu le premier match d’un jeune géant russe, complètement bluffant contre un Agassi remontant à peine du creux de la vague -il remporterait le tournoi l’année suivante- Agassi vs Safin  . Et puis aussi, Navratilova, vieillissante, certes, mais c’était Navratilova.

J’y ai pris des coups de soleil, des coups de chaleur, j’y ai mangé des fraises au sucre, des glaces, bu quelques cafés et encore plus de bouteilles d’eau, acheté une  casquette, des coussins, et cherché désespérément de la crème solaire. J’y ai traîné quelques k-ways, un ou deux parapluies. J’y ai admiré, sur des courts annexes, des joueurs handisport en fauteuils.

Je n’y ai jamais assisté à une finale. Je la regardais la plupart du temps à la télévision avec ma mère. Et en rentrant chez moi à vélo, parce qu’il fait toujours beau les jours de finale de Roland Garros, je choisissais le chemin qui passait devant le stade. Les spectateurs qui aimeraient faire durer le moment tandis que le ballet des camions de prod qui remballent fixe inexorablement une date de fin à la fête m’a toujours fichu le blues. Le dimanche soir du dernier dimanche de Roland Garros, c’est comme le dernier jour de super vacances. Il faut rentrer, alors on achète les derniers cadeaux, on finit ses devises, on fume une ou deux cigarettes même quand on a arrêté depuis longtemps. on sait qu’il faut refaire les valises, que les appareils photos vont cesser de crépiter.Pour un an. Et ça m’a toujours fichu le blues, le bourdon, le moral à zéro et dans les chaussettes, même par ces belles journées de juin, qui sont les dernières avant que les soirées raccourcissent.

Alors ce soir, je me sens toute bizarre. Le blues du pas-le-blues. Du plus loin que je me souvienne, c’est la première fois que la finale n’est pas finie le dimanche soir. Ce soir, je suis rentrée à pieds en longeant le Parc des Princes et ses côtes apparentes, Jean Bouin et sa nouvelle forme patatoïde agrémentée de dentelles de bétons, je n’ai pas poussé jusqu’à Roland, mais j’avais déjà croise des personnes munies d’accréditations en pleine rue, ce que jamais au grand jamais je n’avais vu le soir du dernier dimanche des Internationaux de tennis.

J’ai rencontré quelqu’un qui cherchait l’entrée de Jean Bouin où il était invité à une fête. Sans doute celle qui a lieu d’habitude après la fin de la finale. Là, il y en a au moins deux qui n’ont pas du y participer. Du moins pas jusqu’au bout de la nuit. Et ce soir, c’est eux qui doivent avoir le blues de Roland. Quand nous reverrons les images des cette quinzaine sur l’Ina ou ailleurs, nous douterons certainement de l’indexation des fichiers. Bizarre, penserons-nous, il ne peut pas faire 33 la première semaine ET un temps aussi pourri la seconde. Aurons-nous oublié que ce soir-là était aussi un soir d’élections, que la télé avait sauté de la terre rouge d’Auteuil aux fauteuils pourpres et aux ors du Palais Bourbon. Sans doute, quelle que soit l’issue de ce combat – et ce soir on en est à deux sets Nadal, à un Djokovic, nous souviendrons-nous du sourire du vainqueur. Au cours de la troisième semaine.

Demain, pas même heure, ira ? ira pas ?

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