Renforcement de la présence des forces de sécurité à Lhassa – [Tibet-info.net]


J’ignore si l’information est parvenue jusqu’à vos yeux, ou vos oreilles, puisque personnellement il y a des jours où je zappe les infos, et il faut dire que du côté de notre nombril, il y a eu des choses tellement plus importantes, une balle de match, des élections, un tweet, tout cela passe avant tout. Tout là-haut, dans les montagnes, dans cette ville mythique qu’est Lhassa, trois êtres humains, qui ne twittaient peut-être même pas, se sont immolés.

Le 27 mai, souvenez-vous, le lendemain de la cérémonie de clôture de Cannes. Nous avons entendu parler de palme d’or, et on jasait sur la robe de Nicole Kidman. Là-haut, la vie est tellement insupportable pour les Tibétains, qu’ils choisissent de s’immoler par le feu. Et pas seulement parce que c’est la crise. Mais parce que l’armée chinoise est par trop présente. En août 2010, à Lhassa, sur les toits, aux angles des rues, on les comptait par quatre. Au sol, aux mêmes angles, par six, et cela en 2010. Des photos, je n’en ai pas, on n’a pas le droit de photographier un militaire. A l’époque, on se serait fait piquer nos mémoires d’appareil photo. Eux ne se gênent pas pour vous prendre en photos. Sur le Barkhor, la rue qui fait le tour du temple du Jokhang, le lieu le plus sacré de Lhassa sans doute, ils sont des dizaines, qu’on prendrait bien pour des paparazzi, avec leurs téléobjectifs. Mais point besoin de star qui passe, ils photographient chaque personne, Tibétains, puisque c’est un pèlerinage, comme occidentaux puisqu’on ne sait jamais, s’ils parlaient à un Tibétain qui n’est pas leur guide, ils deviendraient sans doute suspects, et le Tibétain aussi.

Mais sur le Barkhor,  il n’y a pas que les militaires, il y a aussi de nombreux civils chinois. Parce que Lhassa est envahie, consciencieusement, méthodiquement. La Chine a construit aà grands frais une ligne de chemin de fer Pékib-Lhassa. On arrive au Tibet en un temps record -trois jours, mais jugez un peu de la distance ! 4561 kms. Une ligne qui monte jusqu’à 5072 mètres et qui dépasse nombre de records (tunnel le plus haut du monde, station la plus haute…) Avec des passages sur des terres gelées la plupart du temps. Mais rien n’arrête Pékin. Et pas seulement pour la beauté du record. En 2010, un habitant de Lhassa sur cinq était Tibétain. Et les autres, me direz-vous ? Ils viennent chercher fortune par là, à grands coups d’aides, avec des billets de train à tarif ridiculement bas. Mais l’important n’est-il pas que les Chinois qui encombrent les les villes tentaculaires aillent occuper « pacifiquement » la capitale du Tibet ?

Et cela dure depuis…1956 ! Soit cinquante six longues années. Les Tibétains qui se sont immolés ces temps-ci n’avaient probablement jamais connu autre chose, on vieillit vite dans les montagnes, et quand l’armée chinoise s’en mêle, on ne vit pas vieux.

Pourquoi la Chine ne lâche-t-elle pas le Tibet ? Parce qu’il y a encore de la place, et parce que depuis-là, la Chine contrôle l’eau de l’Asie, Gange excepté. Un barrage et plus de Brahmapoutre en Inde, ce voisin dont la suprématie pourrait devenir menaçante. Un autre et on pourrait faire naître une centrale électrique copie de celle des Trois Gorges. Sans parler bien entendu de ressources minières, lithium en tête.

Et la vie est devenue assez effroyable au Tibet pour que, même sans menace ponctuelle, directe, des êtres humains trouvent le moyen de s’immoler par le feu en signe de protestation. Pas seulement un suicide, mais le plus visible, oserais-je dire le plus éblouissant, des suicides. Parce que depuis 56 ans, résister encore et toujours à l’envahisseur, c’est loin d’être drôle quand ledit envahisseur dispose de l’arme atomique, histoire de maintenir ses voisins à distance, et n’hésite pas à jouer de la torture, je n’invente rien, un observateur de ‘ONU l’a lui-même constaté. Voir l’article ici

Donc, depuis quelques semaines, alors Li Na foulait le Philippe Chatrier, des hommes, dans un territoire annexé par la Chine depuis 56 ans -ça en fait des générations de joueurs de tennis !- choisissaient une ultime protestation silencieuse. Et les Chinois en profitaient pour renforcer les forces de sécurité à Lhassa, après avoir viré des enseignants -on n’apprend le tibétain, qui est une langue, avec son propre système d’écriture que dans les écoles primaires-, si on veut avoir la chance de continuer des études au Tibet, pas question de choisir entre l’anglais et une autre langue, non. On se met au chinois, un point c’est tout. Mais d’ailleurs à quoi leur servirait l’anglais ? ou le français ? ou n’importe quelle langue occidentale ? A ne pas pouvoir faire de recherche via google sur leur chef spirituel ? En effet, si j’ai été stupéfaite de pouvoir me servir de mon portable sans problème en plein Zetang (3eme ville du Tibet, dans la vallée du Tsangpo ou Brahmapoutre), si j’ai pu joindre Paris comme si je n’avais pas dépassé les frontières de l’hexagone, nous tous dans notre groupe- on ne voyage pas autrement que par groupe au Tibet, en-dessous de cinq personnes, on est un individu suspect, et sans guide cela devient un ennemi- n’avons eu aucun problème pour nous connecter à internet, à un bémol près : aucune possibilité de faire la recherche sur google du nom du chef spirituel du Tibet. Pas de ligne entraînant à un blocage, comme dans certaines entreprises, non. Google faisait la sourde oreille. Quand la plus grosse boîte gérant l’information au monde s’y met, quel espoir peuvent avoir les Tibétains de l’intérieur ? eux qui sont complètement coupés du monde. Acculés aux confins des montagnes, leur seul espoir de liberté réside dans un double choix : traverser des montagnes infranchissables, à pied et en hiver,  ou  espérer qu’un jour la sagesse bouddhique viendra à bout de l’oppresseur. A défaut, ils protestent, non en tuant, mais en s’immolant eux-mêmes, dans l’espoir de mettre un terme à cette longue asphyxie. Et alors que ces réactions devraient réjouir Pékin -c’est toujours des Tibétains de moins- le gouvernement chinois en tire parti pour renforcer la présence des forces de sécurité à Lhassa.

Renforcement de la présence des forces de sécurité à Lhassa – [Tibet-info.net].

Pas drôle d’être Tibétain. Bien sûr ils vivent dans des paysages sublimes, bien sûr ils voisinent avec le ciel, bien sûr ils possèdent des temples superbes, souvent reconstruits presque à l’identique, parce que détruits avant ou pendant la révolution culturelle, mais que ne donneraient-ils, eux qui vivent heureux avec un peu de tsompa, un peu de beurre et de l’eau fraîche des torrents, pour un peu de liberté ?

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