Toutankhamon : exposition ou recréation


Un petit tour cet après-midi à la Porte de Versailles pour l’exposition la plus étrange que j’aie jamais vu.

Pas d’originaux -cela surprend, pour avoir traîné mes guêtres dans les musées et les expos, de Ramsès à Amenophis, et avoir rencontré le jeune pharaon le plus médiatique des cent dernières années dans le minuscule Musée des antiquités de Bâle. Donc, au Parc des Expositions, tout est en toc. Cela permet certes de faire des photos. Et, surtout, on est entraîné dans une muséographie -mais peut-être devrais-je dire scénographie- époustouflante. Sans doute ai-je l’habitude d’entrer n’importe quand dans les projections de docs dans les musées, mais là, pas question, on attend son tour -toutes les 10 minutes- et on a droit à un biopic de l’histoire de Lord Carnarvon et Carter. est-ce pour déstabiliser un peu plus le spectateur ? 4 bancs de 5 places à condition d’être mince; par groupe de 50 personnes, donc tout le monde debout. Et pas question de rester à la fin ou de repasser dans la première salle, on est entraîné vers la seconde, tout aussi spartiate. Le son ? Dans l’audioguide -compris dans le prix, encore heureux, on en arrive à un billet à 16 € quand même… Celui-ci existait-il en langue étrangère ? Même pas sûre, et étant donné le nombre de fois où j’ai entendu parler allemand dans la file d’attente, ce serait bien dommage. Poussés par des aboyeurs, qui font vider les salles, poussant les égyptocurieux vers une reconstitution de l’antichambre, avec son fouillis organisé, tel que nous ont permis de le découvrir les photos de Carter, puis, après explications toujours à l’audioguide, vers d’autres reconstitutions, salle du tombeau, salle du trésor. A la fois identique et tellement différent. Cinquante personnes dans une salle, alors qu’on nous précise les dimensions ô combien réduites reproduites à l’identique des salles du tombeau original, et là, on fait s’asseoir les enfants par terre, les plus fatigués tentent de se partager les bancs de moins en moins nombreux, les autres sans s’en soucier passent devant. Pas intérêt à flâner, on est poussé sans répit d’une salle à l’autre. Impérativement, il est obligatoire de découvrir les salles à la manière de Carter avant même de pouvoir découvrir la moindre pièce presque issue du tombeau.

Le masque de Toutankhamon by Lennystc2010
Le masque de Toutankhamon, a photo by Lennystc2010 on Flickr.

Ils sont beaux les Anubis, les masques, les vases canopes. Brillants, étincelants, neufs, pas le moindre signe de l’usure des temps, alors qu’on nous dit que des archéologues ont donné leur aval. Reconstitués. On est à l’intérieur d’une mise en scène, non celle de la découverte, pleine de poussières, de sables, de crasse, d’usure des temps, mais celle de l’ensevelissement de la momie, avec ses colliers bien brillants, ses statuettes qui n’ont connu aucune ébréchure. Peut-être même d’un temps qui n’a jamais existé même puisque les objets enfermés dans la tombe du Pharaon ont parfois été utilisés du vivant du pharaon. On est arrivé dans le domaine du théâtre, du péplum. L’histoire du fils d’Akhenaton. Il en manque un peu d’émotion. On ne s’approche plus de la momie le souffle coupé, on prend son APN et on zoome. J’ai même vu quelqu’un se faire photographier devant le dieu des morts, sa majesté Anubis. Qu’il lui arrive un accident dans le 24 heures, parlera-ton de la malédiction de Toutankhamon, ou rejouera-ton La momie -celui avec Boris Karloff, dont les imperfections de l’image, l’outrance du jeu ne peuvent masquer une imperfection qui là encore me touche plus que les blockbusters -?

Toutankhamon imparfait mais réel confiné dans une salle aux murs tendus de tissu noir -à Bâle- ou reflet de Toutankh’ photoshoppé en 3D -tout autour du monde ? Que choisir ? Le réel devra-t-il dorénavant rester à l’abri des regards de non-scientifiques ? Allons-nous vers une musée-irréalité ? Mais alors pourquoi préférer l’exposition aux visites virtuelles, tellement plus confortables, mais qui permettent d’appréhender, derrière un écran bien évidemment, les vrais, le petit morceau d’or ou de lapis manquant, l’endroit où le bois est rayé. Dans un monde de la perfection esthétique, la chirurgie semble avoir frappé le jeune pharaon, et les objets qui l’ont accompagné outre tombe et l’ont fait découvrir à nos arrière-grand-parents.

La muséo-scénographie de demain sera-t-elle inspirée de celle de cette drôle d’exposition, où on déplace les visiteurs comme il avait été fait il y a quelques années pour la mise en scène de Tosca in situ ? Verra-t-on d’autres types d’expositions suivre ?  Lascaux 3  ? 4 ? 25 ?par groupes de 100  ? à Paris, Tokyo, Sydney ?  Reconstitution de la guerre d’Espagne pour une expo Guernica, où les spectateurs se retrouveraient les armes (de paintball) à la main ? Expositions de sites, de fresques, d’objets fragiles, d’architecture, sans transport, en plus neuf, (donc plus vrai ?) que nature ?

Pour en profiter, le double de Toutankhamon s’expose jusqu’au 1er septembre -avec nocturne le 31 aout- .

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