L’histoire incongrue de la pépite de chocolat


Tout a commencé dès potron-minet, un samedi de juillet.

Elles étaient quatre, tenant un stand au Parc des expositions de Villepinte pour la Japan expo Europe (enfin France). Une dessinatrice, une scénariste-éditrice, et déménageuse de site et celle qui s’était autrefois voulu soutien moral et qui depuis quelque temps n’arrivait même plus à garder ledit moral pour elle-même. Celle qui ne servait à rien était allée chercher les cafés.Une des quatre était passée avant de venir à sa boulangerie préférée et avait rapporté pains au chocolat et tresses aux pépites de chocolat, énormes, croustillants, moelleux, remplis de crème.

La dessinatrice aimait le chocolat, énormément, immodérément. Celle qui ne servait fichtre à rien aussi, presque aussi immodérément -quand elle s’est rendue compte depuis qu’elle avait oublié dans un fond de placard des chocolats à servir avec le café et que ceux-ci étaient périmés, elle s’était posé la question :  fallait-il que, de désespoir, elle se jette par la fenêtre -du deuxième étage-, que, de honte, elle prenne un sabre et se découpe selon les rituels du seppuku ? Ou qu’elle mange les chocolats périmés. La troisième solution fut sa préférée. Elle a survécu, rassurez-vous. Et si ça ne vous rassure pas, bande de sans-cœurs, doit-on vous laisser lire ce post jusqu’à la ligne ultime ?

Donc reprenons. Sur un stand de la Japan expo, quatre personnes et un peu plus de gâteaux. La mangaka se précipita vers une tresse aux pépites de chocolat. Étant donné la taille de la tresse et la densité de pépites au cm², il devait y en avoir au bas mot une cinquantaine. L’auteure de ce post décline toute responsabilité si le nombre de pépites initial est inexact.

Assise sur un tabouret, un petit plateau ayant contenu quatre gobelets de café sur les genoux, la mangaka se préparait déjà  à attaquer sa tresse avec allégresse. Mais les pâtissiers sont parfois négligents, et oublient de coller les pépites à leurs viennoiseries à l’aide de la colle forte. Deux pépites bondirent. L’une sur la jolie jupe Desigual de la gourmande, l’autre sur le plateau. Déjà elle ramassait en pestant la pépite qui risquait de tacher son vêtement, et reprenait tranquillement sa dégustation. Ni d’une ni de deux, celle qui ne servait strictement à rien pensa qu’elle allait au moins servir à ce que cette pépite ne finisse pas à la poubelle. D’un geste preste, elle récupéra la pépite, et en prononçant la formule rituelle « Srapaperdu pourtoulmond » qu’on graphie généralement « Ça ne sera pas perdu pour tout le monde », n’en fit même pas une bouchée.

C’est alors que l’impensable se produisit.

cri_munch

Un cri perçant vrilla l’air, surpassant les sons du stand Sega tout proche, les annonces des hauts-parleurs, le hurlement croissant de la foule qui se ruait dans les allées du Parc des Expositions. Un cri à l’état pur, primal, bestial, rauque, un de ceux qu’on attribue d’habitude aux lionnes dont le lionceau est menacé.

Encore suis-je sans doute bien en-deçà de la vérité. Levant les yeux, la gourmande n° 2 fut interloquée, et tout aussitôt prise d’un énorme fou rire. Voir la dessinatrice le doigt pointé vers le plateau de carton, bouche grande ouverte, visage chamboulé, donnant libre cours à son angoisse, qui n’aurait sans doute pas été pire si elle avait été entourée d’une armée de mygales et de serpents minute, était tellement sans aucune mesure avec cette misérable pépite de chocolat, que la dessinatrice en aurait ri de bon cœur, si elle n’avait été si impliquée.

Le problème du fou-rire, c’est qu’il ne s’arrête pas au quart de tour, et que la crispation du visage de la mangaka. Les comédiennes qui ont jusqu’ici joué le rôle des assassinées de Ring, Scream, the Grudge,et tant d’autres, ne sont pas à la hauteur. Sans doute faudrait-il que je me repasse l’intégrale des films fantastiques que j’ai dégustés depuis mes 12 ans, que je relise toutes les BD, tous les mangas les plus sombres, pour avoir une chance de trouver l’illustration à la hauteur de ce cri-là.

Vous étonnerez-vous ? Ce fou-rire-là fut très mal perçu, et la mangaka se drapa dans sa dignité. Quant à la dignité de la rieuse, il s’agit heureusement d’une adepte du maquillage waterproof, ce qui lui évita les longues coulées fantasmagoriques sur les joues. Et regrette encore que nul photographe, nul cinéaste amateur, n’ait saisi cette scène tout aussi étrange que paroxystique, qui aurait pu servir à la publicité de la Japan expo de longues années durant.

Le cri-2the laughing lion baby... heheh... LOL

vs

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