Les microbes sont parmi nous


Il y a bien longtemps que je n’avais pas profité de ce blog pour parler de manga. Le premier volume de Moyasimon  vient juste de sortir en France même si la VO a neuf ans, le treizième et ultime a été publié en avril au Japon.

Deux lycéens viennent faire leurs études à Tokyo. Leur fac a ceci de particulier qu’il s’agit d’une faculté d’agronomie. Elle possède non seulement des labos mais une forêt expérimentale. Les deux jeunes gens,Tadyasu Sawaki et Key YMoyasimonp86uki sont fils respectivement de fabricant de moyashi et d’un brasseur de saké, et Tadyasu possède un don étrange : il voit les bactéries, microbes, moisissures à l’œil nu.
Dans cette fac où des étudiants fauchés tentent de fabriquer des quantités industrielles de saké frelaté pour payer leur loyer, où Itsuki, un Professeur Nimbus, spécialiste de la biosphérisation, se livre à des expérimentations de fermentation inspirées des Inuits ou des Coréens, les micro organismes sont légion.

Un lycée agronomique, on avait déjà -ordre de parution française oblige – l’excellent  Silver Spoon, mais dans un tout autre registre.

Dans Moyasimon on se retrouve plus proche de la biologie appliquée, même si les microbes, virus et autres cochonneries, sont traités comme des personnages, avec portrait avec explication, semi-farfelue dans la marge. Je ne résiste d’ailleurs pas à l’envie d’en citer deux

« A. Orizae, Aussi appelé « levure jaune ». On en trouve souvent dans le sillage de Sawaki. Il a la langue bien pendue ».

 Clostridium perfrigens (C. welchii). Une bactérie tellurique. Beaucoup de personnes sont porteuses. Mais seule une petite partie de ces bactéries provoquent des empoisonnements alimentaires. »

Si on creuse un peu, on se rend compte que Aspergillus orizae est utilisé pour la fabrication du saké, du miso, de la sauce soja… et d’une eau de vie chinoise. Qu’en est-il de nos alcools, ceux qui servent à désinfecter le vieux couteau crasseux pour extraire une balle, yeah ? Eh bien, quand on n’utilise pas de levures (ne nous voilons pas la face, les levures sont des champignons, même si on les baptise Saccharomyces pastorianus,en hommage à Pasteur), on prend des bactéries pour ensemencer les alcools. Ça donne envie de se contenter d’eau… bouillie (?)

On peut se demander avec angoisse ce que nous deviendrions si nous avions la possibilité de voir ces organismes, et même de les attraper à la main. J’imagine que si ce don me tombait sur le bout du nez, je deviendrais une maniaque de l’eau de javel… ou que je me rendrais compte de l’inutilité d’un tel produit. Probablement j’arrêterais de manger des fromages persillés, mais ce ne serait pas tout. Sans aller jusqu’au miso artisanal dont j’ai découvert la recette dans Petite forêt, bon nombre de plats me soulèveraient le cœur. Notre héros qui voit tous les Escherichia du monde s’en tient à manger tout cuit. Mouais, une bactérie cuite est quand même une bactérie, non ?

Mais Moyasimon144revenons à Moyasimon, où Tadyasu est très vite récupéré par le professeur Itsuki qui voit en lui une possibilité de prendre de vitesse tous les chercheurs du monde. Le fantastique utilisé par la science. Donc, non seulement le malheureux Tadyasu voit les bactéries comme tant d’écoliers ordinaires verraient des fantômes, mais on le plonge dans les milieux les plus infects. Les étudiants de l’université d’agronomie font peur. Ils fabriquent un saké immonde -bactériologiquement parlant-, font la cuisine tellement salement que les Escherichia colli pullulent dans la salade. J’ignore comment ça se passe dans nos lycées professionnels, mais le nettoyage semble être un peu optionnel parmi ces agriculteurs et agronomes en devenir. Il faut dire que sans ça, ce ne serait pas drôle, Et ça l’est, nous voyons avec Tadyasu des pièces saturées de micro-organismes aux formes rigolotes et plus Tadyasu sature, plus les étudiants de deuxième année ont l’air ahuri, plus nous rions.

Reste à comprendre le titre français, ou l’anglais, de Moyashimon, tales of agriculture, à, Moyasimon, il était une fois les microbes. On ne peut s’empêcher de penser à Il était une fois la vie, il faut dire que le manga, comme le dessin animé de Barillé, présente un très bon niveau de vulgarisation scientifique et que le titre anglais le projette trop du côté de Silver spoon. Que ceux qui sont capables de traduire le sous-titre en VO me fassent signe. Reste que le public n’est pas le même, ou qu’il a grandi et passe maintenant des partiels de biologie cellulaire. Et puis, réjouissez-vous, l’anime et le drama existent au Japon, et si mon instinct de marketing ne me trompe pas, il ne devrait pas tarder à déferler sur l’hexagone. Mais cela est une autre histoire.

Fantastique, humoristique, scientifique, Moyasimon est une agréable découverte, et ne vous laissez pas avoir par la jaquette apparemment unie, elle permet déjà de voir apparaître ce qui se cache dans tous les recoins de ce manga.

Vivement le tome 2….

C'est à vous !

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