La grenouille d’Osaka et la grenouille de Kyoto, conte japonais


Petit préambule personnel : j’ai une certaine affection pour les grenouilles, et particulièrement les grenouilles japonaises, qui protègent les voyageurs. On porte donc un grigri de grenouille, pour un bon voyage ? Pourquoi ? Parce qu’une grenouille revient toujours à son point de départ, et que le voyageur qui porte autour du cou, ou plus prosaïquement après la pochette contenant son passeport, ou la bandoulière de son appareil photo, une grenouille, est sûr de revenir à bon port. La légende vient peut-être de ce conte des deux grenouilles, que j’avais trouvé étant enfant dans un livre, et que je me suis un tantinet approprié.

Au où Kyoto était capitale du Japon, vivaient dans les villes d’Osaka et de Kyoto deux grenouilles. Toutes deux, en bonnes grenouilles, vivaient dans le ruisseau, l’une d’Osaka et de ses rues boueuses, l’autre de Kyoto et des ses pavés disjoints. Ces grenouilles, il faut le dire, ne levaient jamais le nez bien haut. Elles évitaient les charettes, les porteurs d’objets en tout genre, et avaient déjà fort à faire. Un jour, la grenouille de Kyoto eut envie de parcourir le vaste monde  et de découvrir la ville dont elle tant avait entendu parler : Osaka, en bord de mer. La grenouille traversa les faubourgs de Kyoto, puis se retrouva dans la plaine, petite boule verte au milieu des herbes. Elle fit halte dans une mare, puis reprit son chemin. Sur son chemin se trouvait une montagne. Pas la plus haute du Japon, pas le mont Fuji, mais une montagne quand même. Courageusement, la petite grenouille de Kyoto se mit à escalader la montagne. Elle ne sautait plus aussi allègrement que dans les rues de Kyoto, pas plus que dans la mare qu’elle avait trouvé sur son chemin, la montée était longue, pénible, le dénivelé abrupt, et pour la grenouille l’effort ardu, à défaut d’être surhumain. Enfin elle arriva en haut de la montagne. Elle reprenait juste sa respiration lorsqu’une autre grenouille, aussi verte que la première, parvenait au sommet, aussi essoufflée que la kotyoïte.

-Bonjour, grenouille, dit la première,

-Bonjour, grenouille, répondit l’autre.

Pour être grenouille, on n’en est pas moins polie, surtout quand on est japonaise.

– D’où viens-tu grenouille ?

-Je viens de Kyoto ! Et toi ?

-Quelle chance tu as, je viens d’Osaka et me rends dans la capitale !

-Tu vis près de la mer, quelle chance as-tu, grenouille d’Osaka, de pouvoir te baigner et paresser sur la plage.

-Quelle chance as-tu toi, grenouille de Kyoto, de vivre près du palais de l’empereur ! Personnellement, j’évite le bord de mer, les embruns ne conviennent pas à ma peau, m’approcher de l’eau salée me donne des aspects de crapaud. Mais toi… l’empereur, continiuait la grenouille d’Osaka songeuse.

L’empereur, mais je ne l’ai jamais vu, juste entendu les gardes qui criaient à tout un chacun de se pousser, et de baisser les yeux, aussi quand il passe dans les rues de Kyoto, tout le monde voit q’il y a des grenouilles dans le ruisseau. Le reste du temps, il faut faire attention à ne pas se faire piétiner.

Dans l’esprit de chacune des grenouilles, qui avait déjà fait la moitié du chemin, germait une question, est-ce que cela valait le coup de continuer son chemin pour risquer de devoir repartir ensuite en sens inverse.

Nous avons fait chacune la moitié du chemin, mais si nous continuons et que nous ne nous plaisons pas dans l’autre ville, il nous faudra tout recommencer, et gravir à nouveau cette montagne….

C’est la grenouille de Kyoto, qui eut l’idée : Sais-tu ce que nous allons faire, chacune de nous va regarder la ville de l’autre, et voir si elle est digne de faire un pareil trajet.

Mais en haut de la montagne, il y avait encore de l’herbe qui gênait les grenouilles pour admirer le panorama.

-Sais-tu ce que nous allons faire, grenouille de Kyoto, dit la petite grenouille d’Osaka, nous allons nous aider l’une l’autre pour nous tenir debout, et regarder dans la plaine.

aussitôt dit, aussitôt fait, les deux grenouilles prennent appui sur leurs pattes arrières, qu’elles ont fort longues, se tiennent par leurs étranges mains à quatre doigts et se hissent pour dépasser les brins d’herbe. La grenouille de Kyoto voit des rues et des toits tous pareils à ceux de la ville qu’elle a quittée. La grenouille d’Osala dse rues et un port tout identique au sien. Elles retombent sur leurs pattes et toutes deux s’écrient l’une « mais Kyoto ressemble à Osaka, l’autre « Osaka ressemble à Kyoto’.

Enfin, elles concluent, point n’est besoin d’aller si loin, toutes les villes sont pareilles, et je retourne chez moi. Au revoir et merci, grenouille de Kyoto, au revoir et merci, grenouille d’Osaka.

Mais ces deux nigaudes avaient juste omis un petit détail : elles ont les yeux déjà bien proéminents, dressées sur leurs pattes, leurs yeux sont franchement dans leur dos, ainsi la grenouille de Kyoto a-t-elle vu…. Kyoto, et la grenouille d’Osaka… Osaka. Et c’est pourquoi chacune d’entre elles est retournée chez soi.
grenouilles

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